Féministe et musulmane

« Ijtihad », le prénom qu’elle a choisi après sa conversion à l’Islam, à 22 ans. Un mot qui signifie l’effort sur soi, mais aussi l’effort pour relire les textes canoniques à la lumière de leur contexte. « Judith », juive en hébreu, son prénom de naissance, celui que lui ont donné ses parents, des catholiques non pratiquants. Cette pluralité onomastique lui va bien. Musulmane, féministe, laïque, antiraciste, de gauche et bisexuelle : Ijtihad Judith Lefebvre revendique toutes ces identités. Elle est aujourd’hui la première secrétaire d’Homos Musulmans de France (HM2F), une association pour les musulmans LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans). Elle participe à l’aventure de la mosquée inclusive qui a ouvert à l’automne, portée par l’association Musulmans Progressistes de France (MPF). Tout en continuant à suivre le Collectif des Féministes Pour l’Egalité (CFPE), qui se bat contre l’exclusion des femmes et des filles voilées des espaces publics.

Elle parle en agitant les mains, sourit, digresse, complète. Une enfance à Orléans, où, à neuf ans, elle demande à se faire baptiser. La cathédrale, tous les dimanches, seule, pour assister à la messe. Avec l’adolescence vient « la traversée du désert », antireligieuse. L’Islam, elle y arrive par un concours de circonstances : une spécialisation sur les mondes arabes à Sciences Po Lyon dans un contexte post-11 Septembre, un séjour en Egypte, où elle passe des après-midi entières à la mosquée Al-Azhar, la grande mosquée du Caire, véritable lieu de vie, une attirance pour la prosternation dans la prière musulmane, et surtout, la découverte des féministes islamiques. « Je savais déjà que si je choisissais de devenir musulmane, je ne trouverais pas ma place dans une communauté classique. Si je n’avais pas rencontré les féministes en Islam, je n’aurais pas franchi le pas ! » Amina Wadud, Asma Barlas, Asra Nomani : des musulmanes engagées socialement, qui tirent du discours de réforme égalitaire qu’est l’Islam des conséquences pratiques, y compris dans l’exercice du culte : une femme peut être imam et guider la prière. Un rôle qu’Ijtihad Judith a rempli à deux reprises : « J’ai eu la sensation d’avoir une immense responsabilité et donc d’être dans une position d’humilité la plus totale. »

Dans les associations qu’elle fréquente, elle a trouvé des espaces qui lui permettent de « respirer » au sein d’une société française « terriblement polarisée ». Et dans l’Islam, une religion qui lui convient : « Dans la religion catholique, il y a ce moment, à la messe, où on se donne la paix du Christ. J’ai toujours détesté ça, je n’ai pas envie d’embrasser mon voisin ! » Dans le salon tapissé, au premier étage de l’Institut des Cultures d’Islam, à Paris, la voix porte tout d’un coup : « Dans l’Islam, il y a une façon d’aborder le collectif tout en respectant la part de chacun qui me correspond. Au moment de la prière, on se met simplement en rang de prière et on suit l’imam. On est debout, incliné puis prosterné, chacun dans son espace et face à Dieu, côte à côte. C’est de là que vient l’énergie collective. »

Publié dans : Témoignage Chrétien

Posted by at 29/05/2013
Filed in category: Société, and tagged with: , , ,

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>